Dans
chaque coeur il y a un printemps caché
C'est le trésor qu'il vous faudra rechercher
Entre les pierres et sous les herbes séchées
Francis Cabrel
C'est le trésor qu'il vous faudra rechercher
Entre les pierres et sous les herbes séchées
Francis Cabrel
Photo : Philippe Baumgart
D’abord
il faut que je vous dise : je suis malade.
Ça
fait bizarre d’écrire ça, parce que je vais tellement mieux…
Tellement
mieux qu’avant, quand je n’étais pas certaine d’avoir à un
moment de la journée la force de me tenir debout le temps du minimum
vital : se débarbouiller, préparer un repas, prendre des
médicaments sans se tromper, souvent juste passer du lit au canapé
et/ou inversement…
Tellement
mieux même qu’avant cet avant : quand je ne me disais même pas à
moi-même que quelque chose n’allait pas, il
y avait trop
d’autres choses plus importantes : un ado à accompagner seule
au quotidien, un mémoire à écrire et soutenir, un service d’église
à commencer… Mais incapable déjà alors de marcher les cinquante
mètres qui me séparaient de la pharmacie, là, au bout de la rue,
incapable déjà de tant de choses, obstinée à trouver des
stratégies de remplacement…
Mais à force de nier, le corps a mis un point d’arrêt, et il y a eu ces deux ans et plus, d’impuissance totale, de combat de chaque instant pour la survie, dans l’incompréhension de l’entourage et de la plupart des médecins et soignants, ceux-là même que j’applaudis avec vous chaque soir à 20h.
Et puis le début, tout doucement, vraiment très doucement, d’une remontée dont je ne sais pas où elle me mènera, tant la maladie de Lyme est mal connue et tellement ce même corps médical ne sait pas, n’est pas d’accord, n’a pas d’argent pour chercher…
Et alors, pendant toutes ces années, l’autre combat : comment trouver une place dans ce monde ? Comment trouver où les humains permettront de mettre au service de tous ce à quoi Dieu appelle et ce qu’il offre ? Comment, humblement, tenter de discerner où la graine pourra germer ? Comment recevoir ce don de l’appel que Dieu encore et encore adresse à chaque être humain de participer à l’advenue, l’éclosion du Royaume, dès ici et maintenant ?
Plus apte, oui, on dit inadaptée, à ce monde épris de rentabilité, d’efficacité, de normalité voire de normativité. Différente, ne rentrant pas dans les cases prédéfinies…
Travail quotidien, combat encore, d’attention, comme le chat guette l’oiseau ou la souris, pour être prête à bondir sur toute occasion de servir, de donner, de témoigner, de transmettre la confiance, l’espérance, l’amour reçus d’Ailleurs…
Passion. Dans les deux sens du terme.
Et à un moment l’émerveillement, l’euphorie et la reconnaissance inextinguible de se voir offrir une place possible, à dessiner ensemble, parce que finalement on n’était pas seule à guetter…
Photo : Philippe Baumgart
Et
puis voilà le Coronavirus. La pandémie. Le confinement. Le
bouleversement de tout ce qui semblait être acquis sur la marche
normale du monde.
Et nous découvrons que nous avons fait des mauvais choix depuis bien longtemps : au nom de l’efficacité, de la rentabilité, de la normalité. Que si nous n’avions pas mis avant l’humain et sa diversité et sa richesse et son unicité ces impératifs financiers, nous pourrions peut-être aujourd’hui nous balader dans les rues, nous rencontrer, vivre nos liens familiaux et amicaux, parce que nous aurions les moyens de soigner ceux qui tombent malades. Nous n’aurions pas oublié que ce qui nous permet de vivre, c’est avant tout qu’il y a des personnes qui savent encore travailler la terre pour nous nourrir, afin que d’autres puissent libérer le temps et l’énergie de prendre soin de nous (vous m’excuserez si je mets dans le même panier soignants, éboueurs et caissières de supermarché, ils et elles sont aussi indispensables à notre vie).
Le monde ne peut plus éviter le diagnostic : il est malade, et pas seulement d’un virus.
Et on se demande comment on va faire quand on va sortir du confinement : est-ce qu’on va recommencer comme avant ? Est-ce qu’on pourra retrouver cette fameuse normalité, ancrée dans nos imaginaires, faite d’efficacité et de rentabilité ? Ou est-ce qu’on va essayer autre chose ? Mais quoi ? Comment ? Qui ?
Et nous voilà réduits à tenter de discerner les signes des changements possibles, les signes des possibilités changeantes, de ce nouveau monde mouvant dans lequel tout le monde n’est pas prêt à se risquer, tant il semblerait plus facile de revenir à ce que nous connaissons.
Mais comme quand on commence à émerger d’une maladie, il n’est pas possible de revenir à ce qui était. Ce qui était, nous ne savons même plus vraiment ce que c’était, tant nos imaginaires ont divergé, pour tenter de retenir ce que chacune et chacun de nous perçoit comme le plus important des biens et des maux passés.
Nous voilà collectivement condamnés à ouvrir les yeux en grand, pour guetter, comme le chat guette l’oiseau ou la souris, les possibles modalités d’une vie d’après, d’un monde où chacun et chacune pourrait trouver une place où faire fructifier ses dons, faire ce qu’il sait faire et apprendre autre chose encore, afin que, frères et sœurs en humanité, nous puissions nous mettre ensemble au service d’un bien commun sans qu’il soit au détriment de l’épanouissement des personnes, quels que soit leur genre, leur origine sociale, culturelle, la couleur de leur peau...
Ah voilà, je rêve encore de Royaume, je crois bien… Mais c’est que ce jour de la Résurrection, qui ne se fête pas qu’une fois par an, mais se ressaisit à chaque instant, nourrit mon espérance, mon amour des autres et de l’Autre, ma confiance…
Passion. Aux deux sens du terme.
Sans oublier : Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité !
Nous ne sommes jamais seul.es à guetter, comme le veilleur attend l’aurore…
Photo : Philippe Baumgart
Psaume
130
Chant
pour ceux qui montent à Jérusalem.
Du
fond de la détresse, je crie vers toi, Seigneur !
Écoute
ma voix,
sois
attentif quand je te supplie !
Si
tu voulais épier nos fautes,
Seigneur,
qui pourrait survivre ?
Mais
le pardon se trouve auprès de toi,
c'est
pourquoi l'on reconnaît ton autorité.
De
tout mon être, je compte sur le Seigneur,
et
j'attends ce qu'il va dire.
Je
compte sur le Seigneur,
plus
qu'un veilleur n'attend le matin ;
oui,
plus qu'un veilleur n'attend le matin.
Peuple
d'Israël, compte sur le Seigneur, car il est bon,
il
a mille moyens de te délivrer.
C'est
lui qui délivrera Israël de toutes ses fautes !
Photo : Philippe Baumgart




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